La santé mentale après le trauma collectif : une réflexion libanaise
Je pratique au Liban depuis 1996. J'ai vu la guerre, la reprise, l'effondrement monétaire, une explosion qui a brisé la ville, et des vagues de deuil pour lesquelles je n'avais pas de manuels.
Ce que trente ans m'ont appris, c'est que la santé mentale d'une population n'est jamais la somme de ses individus. C'est un système météo. Quand l'air est empoisonné, chaque corps le respire. Quand les nouvelles sont lourdes, chaque rêve est lourd.
Et pourtant, la résilience libanaise n'est pas un mythe. C'est une compétence apprise, transmise aux tables de cuisine et dans les salles d'attente, dans les blagues qui arrivent avant les larmes. Mon travail, dans ce cabinet, n'est pas de fabriquer la résilience. C'est de lui donner de l'espace pour respirer.
Si vous lisez ceci et que vous êtes fatigué(e), je veux que vous sachiez deux choses. D'abord, vous n'êtes pas faible, votre système nerveux répond rationnellement à un contexte irrationnel. Ensuite, la guérison est toujours possible. Pas la perfection, pas l'effacement de ce qui s'est passé, mais une vie qui est de nouveau la vôtre.
— Dr. Nicole Hani

